À propos du "The Africa Investment Report 2017" [1]

À propos du "The Africa Investment Report 2017" [1]


Je viens de lire le dernier The Africa Investment Report 2017 et j’ai des doutes profonds sur la méthodologie qui m’ont été provoqués par une information en page 5 (image ci-dessous).

Il nous est indiqué que la China State Construction Corporation (CSCEC) aurait investi 3,3 milliards de dollars en Algérie en 2016. L’information est forcément fausse. Cette somme, très importante, correspond à celle calculée en prévision de la construction du port du Centre prévu sur le site d’El Hamdania à Cherchell en Algérie. Remarquons que

  • Cette somme n’a pas encore été investie et qu’elle ne le sera pas tant que les travaux n’auront pas été achevés ;
  • Cette somme devrait être financée par un prêt chinois au gouvernement algérien ; la mise en place de ce prêt n’est pas encore acquise, semble-t-il.

Donc, on ne peut l’imputer comme un flux investissement chinois opéré en 2016 en Algérie.

Si la CSCEC était un investisseur, il conviendrait également de signaler qu’elle partagerait cette responsabilité avec la China Harbour Engineering Company (CHEC) l’autre entreprise de BTP sollicitée. Or ni la CSCEC  ni la CHEC ne sont des investisseurs, mais des prestataires de services pour le compte du gouvernement algérien seul investisseur.

Ce projet est remarquable par son agencement qui prévoit la constitution d’une coentreprise de droit algérien entre Serport (le groupe public algérien faisant office d’autorité portuaire) et les deux entreprises chinoises du BTP – la CSCEC et la CHEC – réservant 51% à l’actionnaire algérien comme l’exige la réglementation locale sur l’investissement étranger. Cette structure n’est toutefois pas comparable à la Piraeus Port Authority car elle n’octroie aucun droit de propriété, son autorité se limite de facto à la période de construction et les autorités algériennes n’entendent pas à l’heure actuelle privatiser le domaine public. La diminution des exportations de pétrole brut et de gaz naturel algériens aggravée par une forte chute du cours du pétrole dans le contexte d’une économie algérienne déjà en difficulté, ont concouru à la recherche de financements extérieurs pour mener ce projet : la Chine aurait accepté d’accorder un prêt à long terme sans doute de 3,3 milliards de dollars correspondant au montant estimé du projet. Il importait donc aux entreprises chinoises de participer à une structure qui leur permette de s’assurer que ce prêt chinois à taux préférentiel serve en priorité à payer leurs propres prestations de services. Il s’agit donc d’un montage destiné, non à surveiller et gérer un investissement ou une acquisition, mais à organiser et garantir le remboursement des débours – profit inclus – occasionnés par leur participation au chantier. Une troisième entreprise chinoise doit aussi intervenir, mais comme opérateur portuaire : la Shanghai Port International Group (SPIG). Dans ce dernier cas, on ne peut non plus parler d’investissement.

Dès lors qu’une erreur conceptuelle aussi basique a été commise pour des sommes aussi importantes particulièrement dans le contexte africain, on ne peut que craindre (répétée ou non) qu'elle ne nullifie toute la démarche et les conclusions de ce rapport.

Il existe une suite à cette note : À propos du "The Africa Investment Report 2017" [2]