Antichrèse (s.l. 1677)


Ce document, qui mesure 35 cm * 45 cm, est en très bon état de conservation ; l'écriture est exceptionnellement claire (voir infra la transcription). La présentation de son contenu apparaît après l'image.

 

Ce contrat a été signé le 21 novembre 1677 康熙十六年 ; il n’est fait allusion à aucune division administrative qui puisse permettre d’en déterminer l’origine géographique et ce d’autant moins qu’il s’agit d’un simple contrat sous seing privé dont la transaction n’avait pas besoin d’être enregistrée pour des raisons fiscales ou autres.

Le signataire du contrat, nommé Hou Shangzhi 侯尚智, est un homme âgé devenu incapable de cultiver ses terres. Comme il n’a aucune descendance sur laquelle se reposer pour le soutenir dans ces vieux jours, il décide de se constituer un viatique par un emprunt gagé sur le patrimoine foncier dont il a hérité. Aucune échéance n’est fixée pour le remboursement du prêt, sinon indirectement le décès de l’emprunteur dont les terres resteront au créancier antichrésiste. En ce sens, cette opération ressemble fort à une vente en viager constituée par le versement d’un capital unique et non de rentes régulières. En l’occurrence le créancier est une créancière, Hou Dengyuan 侯登元, une nièce fille de son frère (ou d’un de ses frères) 堂姪 qui s’engage à cultiver et à entretenir les terres.

Compte tenu de l’époque de ce contrat, les notions d’héritage et de patrimoine ne doivent pas nous renvoyer aux concepts de notre droit moderne, mais plutôt à ceux des droits français prérévolutionnaires. Le terme employé dans ce contrat 嗣 désigne plus un successeur de même clan qu’un héritier stricto sensu, car in fine ces terres appartiennent plus au clan qu’à l’individu qui les cultive et les gère, à telle enseigne qu’un membre du clan Hou 侯 signe le contrat comme représentant de la famille 房親人. Ici plusieurs remarques. Si un représentant de la famille signe bien le contrat, en revanche la créancière ne le signe aucunement, cette situation ne montre pas qu’une femme serait exclue pour incapacité en raison de son sexe puisqu’elle est considérée comme capable de gérer un patrimoine, mais montre l’importance du clan sur l’individu dans la gestion du patrimoine et que toute l’opération est une procédure pour gérer les intérêts du clan. Le caractère 房 désigne la famille conjugale par opposition au caractère 家s’appliquant à la famille lignagère ; cette opposition anthropologique en recouvre une autre d’ordre architectonique où le premier signale une habitation conjugale – pièce – tandis que le second révèle une habitation collective – maison). Ce représentant, Hou Shangli 侯尚禮, partage avec l’emprunteur le même nom de génération 尚, ce qui suggère que ce serait son frère (d’où la référence au 房) sans pour autant annoncer qu’il soit le père de la créancière.

Outre l’emprunteur, le représentant familial, un intermédiaire 李虎 et deux témoins signent le contrat (Li Zhihuai 李枝槐 et Hou Youcai 侯有才). Tous sont analphabètes (une croix pour signature) ; assez étonnamment l’écrivain qui fait aussi office de témoin ne se nomme pas.

L’emprunt  s’effectue par un paiement correspondant à certain poids d’argent : 84 taëls 5 mace 捌拾肆兩伍錢. Pour signifier ce poids en argent, le contrat utilise les deux caractères 紋銀 qui désignent une unité de poids d’argent titré à plus de 98% depuis la dynastie Ming. Cette appellation fait référence aux stries 紋 qui apparaissent sur les lingots d’argent pur.  Elle en est devenue à nommer aussi le lingot d’argent de même aloi en forme de sabot de cheval.

 

 

 

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