Ce qui frappait le voyageur qui, au XIXe siècle, arrivait en Chine par le port de Canton était que cette ville était dominée par plusieurs bâtiments beaucoup plus hauts que la majorité des constructions. C’étaient des maisons de prêt sur gage comme celles que montre la photo. Ce style d’architecture était destiné à assurer la meilleure protection possible aux biens emmagasinés dans l’attente que leur propriétaire puisse les récupérer. L’efficacité de ce mode de construction étant si avéré que nombre de paysans avait pris l’habitude d’y engranger leurs récoltes pour les mettre à l’arbi de l’eau et des voleurs. Les maisons de prêt sur gage rendaient bien entendu aux paysans d’autres services plus traditionnels directement en rapport avec leur dénomination. Ainsi pendant la crise des vers à soie provoquée par les bombardements japonais, les usines textiles de Shanghai furent obligées de fermer leur porte et ne purent acheter aux paysans les vers soie qu’ils élevaient à grands frais dans leurs magnaneries. Ruinés, ces derniers se tournèrent vers les maisons de prêt sur gage comme le note en 1932 dans son journal le célèbre écrivain chinois Mao Dun (1896-1981) : « [À Wuzhen], le bourg dont je suis originaire, il y avait quatre maisons de prêt sur gage ; leurs clients étaient principalement des paysans. Or aujourd’hui il n’en reste plus qu’une. Les trois autres ont dû fermer les unes après les autres […] car elles ne purent outrepasser le taux officiel d’intérêt pour les prêts sur gage. La seule qui subsistât, œuvrait sans profit, et si elle persistait, c’est parce que le patron voulait simplement être charitable et que les autorités provinciales avaient discuté avec lui des moyens d’aider les paysans à survivre. Quoi qu’il en soit, elle était à demi fermée cette année ». L’auteur poursuit en décrivant la foule qui se presse dès sept heures du matin pour gager quelque bien et en retirer quelques pièces de menue monnaie : « Quelle chance que j’ai obtenu quelques sous ! » fait-il dire à ces personnages. Et Mao Dun, en aparté, de constater que ces paysans « ne pourront jamais réclamer leurs gages » ce qui explique que les maisons de prêt sur gage n’aient pu reconstituer leur fonds de roulement et, partant, aient fait faillite.
 
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