L'Afrique toujours en quête de nouveaux capitaux

La Banque africaine de développement veut contrer l'appétit de la Chine.
Charles Gautier – Le Figaro, le 1er décembre 2009

La Banque africaine de développement veut contrer l'appétit de la Chine. 

L'Afrique n'est pas en récession, mais peu s'en faut : la dernière prévision annonce moins de 2 % de croissance pour 2009. Les experts économiques et les représentants des états actionnaires de la Banque africaine de développement (BAD) réunis à Tunis dans le cadre de la toute nouvelle Coalition pour le dialogue de l'Afrique (CoDA) ont essayé de décoder un avenir qui passe, le plus souvent, par les guichets de cet établissement public dont le fonctionnement est calqué sur celui de la Banque mondiale.

La BAD est au four et au moulin : avec plus de 3 200 projets conduits depuis sa création en 1964 pour un total de 70 milliards de prêts, l'institution s'est spécialisée dans les travaux d'infrastructures qui représentent 60 % de ses opérations. La crise a accru les besoins : les prêts qui avaient atteint 5,2 milliards de dollars en 2008 devraient s'élever à plus de 7 milliards cette année pour aider les pays les plus pauvres à survivre et les autres à se développer.

Pour avoir les moyens de continuer à jouer ainsi le « pompier » financier de l'Afrique, le président de la BAD, le Rwandais Donald Kaberuka, espère voir multiplier par trois le capital de la banque qui atteindrait alors 96 milliards de dollars.

 

L'impact chinois
 
En mai prochain, les États actionnaires de la BAD, qui sont à 40 % non africains - dont la Chine - donneront un début de réponse. La Chine s'impose en Afrique avec une prédilection pour les matières premières ou agricoles. «En Zambie 25 % de la production d'œufs part pour la Chine », assure Yves Ekoué Amaïzou, économiste du think-tank «Afrology». L'appétit de la Chine inquiète mais l'Afrique n'a pas les moyens de s'en passer : les Chinois auraient déjà investi 40 milliards et viennent d'en promettre dix autres.

 

Ce pays qui aurait dépêché 100 000 ressortissants sur tout le continent multiplie les travaux d'infrastructures, voies ferrées, routes pour faciliter ses propres activités... «L'Afrique a besoin de capitaux, quelle que soit leur origine, explique Donald Kaberuka, la Chine n'investit pas pour le bonheur de l'Afrique, mais pour celui de la Chine. Je ne pense pas qu'il y ait d'arrière-pensées politiques. L'Afrique est aujourd'hui majeure. Elle en a vu d'autres.»

Reste la question des terres arables louées pour des baux de plusieurs décennies. «Si la Chine développe l'agribusiness, cela ne pose pas de problème, poursuit Donald Kaberuka. En revanche, si un pays achète des millions d'hectares pour importer ensuite toute la production agricole, alors dans ce cas il faut faire très attention. Chaque pays est souverain. Et je ne vois pas pourquoi nous nous priverions de l'aide de la Chine.»

Mais d'une manière globale, les experts estiment que la réponse de l'Afrique à la crise économique sera collective. Tous plaident pour une meilleure intégration de l'économie des 53 États africains pour parvenir à la création d'un vaste marché interne qui permettrait de la sorte les conditions favorables à l'émergence de grands groupes industriels africains.