Investissements chinois et industrialisation de l'Afrique

Investissements chinois et industrialisation de l'Afrique
Thierry Pairault

Une lecture du Rapport sur le développement de l’investissement chinois à l’étranger (2018) 中国对外投资发展报告 (2018) publié par le MOFCOM [disponible ici ] m’a suggéré quelques remarques relatives au rôle que jouerait ou ne jouerait pas l’IDE chinois en Afrique.

Le premier graphique montre qu’en 2017, 79,8% de l’IDE chinois dans le monde a très prioritairement pour objet des investissements dans le secteur tertiaire tandis que seuls 18,6% le sont dans le secteur secondaire. Rappelons que la définition chinoise du secteur secondaire diffère de celle adoptée, par exemple, par l’INSEE [voir ici] pour laquelle le secteur secondaire regroupe l'ensemble des activités consistant en une transformation plus ou moins élaborée des matières premières (industries manufacturières ET construction). La définition chinoise ne retient ici que les industries manufacturières. Si on doit établir des statistiques comparables, il faudrait donc transférer la construction du secteur tertiaire au secteur secondaire ; les proportions seraient alors respectivement de 75,7% et 22,7%, ce qui ne remet aucunement en cause la prédilection inconditionnelle de la Chine pour les investissements dans le secteur tertiaire.

Investissements directs chinois par secteurs d'activité en 2017 dans le monde

Le deuxième graphique complète cette image en révélant comment se répartissent les entreprises investisseuses chinoises en fonction de leur activité originelle. Les entreprises investisseuses dont le secteur originel relève de l’industrie manufacturière représentaient en 2017 moins du tiers des entreprises qui investissent à l’étranger (31,8%). Autrement dit, ces entreprises n’investissent pas dans des entités manufacturières, mais bien plutôt dans des structures de commercialisation de leur production ou encore réalisent des investissements spéculatifs à l’étranger.

Répartition des investisseurs chinois en fonction de leur activité originelle (2017)

Dès lors quel est le bénéfice pour l'Afrique ? Le troisième graphique indique que le stock d’investissement chinois dans l’industrie manufacturière en Afrique représenterait en 2017 13,2% du stock total de l’IDE chinois en Afrique. Certes, cette part est près du double de la part moyenne (7,8%), mais très inférieure à celle dans le stock total de l’IDE chinois en Europe (30,8%) ou en Amérique du Nord (22,4%) (voir tableau ci-dessous). Sans doute les investissements manufacturiers en Afrique sont-ils moins capitalistiques que ceux effectués dans les régions citées. Cette dernière remarque toutefois ne peut celer que 13,2% de 2,4% (la part du stock d’IDE chinois en Afrique relativement au stock total d’IDE chinois dans le monde) ne donnent que 0,3% du stock total d’IDE chinois dans le monde. Autrement dit, investir dans le secteur manufacturier en Afrique n’est à l’évidence pas une priorité pour les entreprises chinoises comme le montrait déjà une enquête rapportée sur ce site (voir Entreprises chinoises et délocalisation en Afrique ).

Stocks d'investissements chinois en Afrique par secteurs en 2017

Stocks d'investissements chinois dans le secteur manufacturier en 2017

Le dernier graphique récapitule les relations économiques que la Chine a entretenues avec l’Afrique en 2017 et confirme nos analyses antérieures qui monteraient que ces relations favorisaient en priorité le commerce et non l’investissement  (voir China in Africa: Goods Supplier, Service Provider rather than Investor ).

Bilan des relations sino-africaines en 2017