Partenariat triangulaire : l'Occident et la Chine « pactisent » sans l'Afrique

Partenariat triangulaire : l'Occident et la Chine « pactisent » sans l'Afrique
http://www.mediacongo.net/show.asp?doc=12930[25 juin 2009]

La IIIème guerre mondiale aura-t-elle lieu comme l'avait prédit l'essayiste français, Alain Minc ? Devant la montée en puissance de l'économie japonaise dans les années 70-80, Alain Minc avait prédit que cette troisième guerre mondiale aurait bel et bien lieu, mais sur fond économique. Si cette thèse n'est pas encore totalement écartée, la menace persiste avec l'émergence des pays comme la Chine. Le continent africain pourrait servir de terre de prédilection pour cette « guerre économique » où déjà l'Occident et la Chine s'affrontent pour attirer l'Afrique dans un partenariat triangulaire. Mais que se passera-t-il tant que l'Afrique n'arrivera pas à contrôler ses richesses, cas de la République démocratique du Congo ?

Depuis 2007, l'Union européenne s'emploie à convaincre la Chine pour mettre sur pied un partenariat tripartite. L'argument n'est pas de moindre. L'Union européenne et la Chine se sentent plus près de l'Afrique que tout autre continent.

Dans le premier cas, il s'agit des liens historiques noués pendant une longue période de colonisation. Plusieurs pays européens, notamment la Belgique, la France, la Grande-Bretagne, dans une certaine mesure l'Italie et l'Allemagne, ont disposé des colonies en Afrique, tissant ainsi des liens traditionnels éprouvés.

Quant à la Chine, elle est en Afrique depuis les premières années des indépendances africaines, passant ainsi pour un allié naturel de l'Afrique en prenant sa défense lors des grandes rencontres internationales. Sans s'immiscer dans les affaires intérieures des Etats africains, la Chine a su maintenir des liens étroits avec plusieurs d'entre eux à telle enseigne que devant toutes ces mutations qui caractérisent le monde, la Chine n'a jamais quitté l'Afrique. Bien plus, l'octroi de son aide sans conditionnalité fait de la Chine l'un des partenaires les plus sollicités par les pays africains.

La percée africaine de la Chine est désormais manifeste. Elle fait de plus en plus peur aux partenaires traditionnels des Etats africains, notamment les pays occidentaux.

PARTENARIAT AVEC L'AFRIQUE

Certes, plusieurs scenarii sont envisagés pour contrer l'émergence de la Chine en Afrique. C'est le cas des Etats-Unis qui, au nom de la sécurité du peuple américain, ont élaboré une « Stratégie de sécurité nationale » pour écarter toute menace contre les Etats-Unis et le peuple américain. Cette stratégie va de la restauration de la démocratie à travers le monde, plus précisément en Afrique, aux nouvelles techniques de l'information en passant par le renforcement de la coopération économique pour renforcement la croissance financière des Etats-Unis, et militaire avec les pays africains dans le cadre de la lutte contre le terrorisme international. Il s'agit même là d'un des objectifs du Commandement militaire des Etats-Unis pour l'Afrique, AFRICOM. L'Union européenne n'est pas demeurée en reste. Une mission conduite par Louis Michel, Commissaire européen au Développement et à l'Aide humanitaire, s'est rendue en Chine en vue d'établir justement cette tripartie « UE-Chine-Afrique ». Les négociations sont très avancées, du moins entre la Chine et l'Union européenne sur ce point. L'ambition dévoilée est de permettre à l'Afrique, grâce à ses richesses, d'apporter sa contribution à l'essor de l'économie mondiale. En plus, offrir des opportunités à ce continent si riche pour combattre la pauvreté. Aussi, grâce à ce partenariat, il sera possible à l'Afrique d'éviter le surendettement.

Cependant, les pays de l'Union européenne n'évoluent pas en rangs serrés. La France se propose d'entreprendre une démarche parallèle, à l'image des Etats-Unis. Mardi 23 juin, Alain Joyandet, secrétaire d'Etat français chargé de la Coopération et de la Francophonie, devrait recevoir à Paris Zhang Ming, le nouveau « Monsieur Afrique subsaharienne » du ministère chinois des Affaires étrangères. Au menu des discussions : les perspectives d'un éventuel partenariat triangulaire en Afrique. « Nous avons la haute technologie, ils ont des coûts d'exécution très bas, explique un diplomate français. Le tout est de travailler dans le respect des conditions proposées par les institutions multilatérales, afin de ne pas provoquer un surendettement des pays africains ».

Ce rapprochement entre l'Occident et la Chine pour « débarquer » en Afrique n'a pas laissé indifférentes d'autres nations qui ne font pas partie de l'Union européenne. Tel est le cas de la Russie qui refuse désormais de laisser les Occidentaux effectuer des promenades de santé en Afrique. La Russie a décidé de faire d'une pierre deux coups : relancer les vieux rapports avec la Chine et entrer dans la danse en Afrique. Ainsi, le coltan de la République démocratique du Congo intéresse également la Russie. Entre-temps, le président Medvedev a reçu dernièrement à Moscou le Premier ministre chinois avant de séjourner actuellement dans certains pays africains, l'Egypte, le Nigeria, la Namibie et l'Angola.

Outre ces pays européens, d'autres nations émergentes comme l'Inde et le Brésil veulent également être du voyage en Afrique. Ils ont entrepris des possibilités de diversifier leur coopération avec les pays africains à l'image de la Chine.

RDC : LES « PREMIERS AFFRONTEMENTS »

L'affrontement que se livrent les Occidentaux contre la Chine pour se coaliser afin de sceller un partenariat tripartite avec l'Afrique se déroule déjà en République démocratique du Congo. La réticence du FMI de signer un nouveau programme économique avec le gouvernement congolais s'explique justement par la signature des contrats chinois.

Si les Congolais et les Chinois soutiennent que ces contrats n'auront aucun impact sur l'endettement, les institutions de Bretton Woods, qui relayent les opinions occidentales, affirment le contraire. Le FMI persiste et signe que dans l'état actuel de choses, ces contrats sont incompatibles avec les conditions de soutenabilité de la dette. Ils vont provoquer un surendettement de la RDC pour autant qu'ils ne respectent pas les conditions proposées par les institutions internationales. Ce qui motive la démarche de l'Union européenne, et maintenant de la France auprès de la Chine pour que cette dernière partage avec les pays occidentaux la même vision de coopération. Pour ce faire, il faut sceller d'abord ce « partenariat triangulaire : « UE-CHINE-AFRIQUE, ou FRANCE-CHINE-AFRIQUE » afin de respecter les règles du jeu.

Comme on peut le constater, à l'image de la Conférence de Berlin de 1885, tout se décide en dehors de l'Afrique avant qu'on ne lui impose sûrement un partenariat où elle n'a rien à dire. Elle va alors subir le « diktat des autres », et certainement se faire mener par le bout du nez. Mais l'Afrique a-t-elle une autre alternative à présenter ? Question fondamentale.

Kinshasa, 25/06/2009 (LP/MCN, via mediacongo.net)