À propos de "L’urgence africaine"

L’urgence africaine. Changeons le modèle de croissance !
Kako Nubukpo
Odile Jacob, septembre 2019

J'ai viens d’achever la lecture du dernier livre de Kako Nubukpo. Les interviews que j’ai eu l’occasion de lire çà et là m’avaient donné l’envie de l’acheter. Véritablement, ces interviews donnaient l'essentiel de sa vision et son livre est effectivement plutôt à destination d'un public cultivé que d'un public universitaire. La conséquence est que beaucoup de faits rapportés (du moins quant à la Chine, mais je le soupçonne aussi pour les autres) ont un caractère souvent très journalistique: absence de référence et surtout de remise en perspective. C'est l'histoire de la mine d'or: le fait que ce soit une entreprise chinoise (mais laquelle, car l’on sait combien cela compte) permet-il une généralisation à toutes les entreprises chinoises, et permet-il de conclure que la Chine soit ceci ou cela... ? C’est aussi l'histoire des accaparements chinois de terre dont on sait depuis longtemps que leur importance est minime comparée à ceux d’autres acteurs dont les États-Unis qui curieusement ne sont pas pointés du doigt ici. De même, la présentation des résultats du FOCAC de Johannesburg (2015) est reprise des communiqués de presse chinois sans aucun recul. Pourquoi avoir ignoré celui de septembre 2018 ? De même encore, ce qui est dit de l'Éthiopie aurait mérité recul et actualisation et non une lecture rapide de communiqués de presse. Bref, il ne faut pas le lire dans les détails, mais en entendre l’esprit. L’esprit, car il ne me semble pas proposer véritablement de solutions alors qu'il pose de bonnes questions.

L’auteur rappelle qu’un pays exporte pour pouvoir importer ce qui lui manque et non comme la Chine qui importe toujours pour pouvoir exporter avec tous les problèmes socio-économiques qui en résultent aujourd'hui (malgré une certaine réussite) et une fuite en avant (nouvelles routes de la soie). Or, c'est ce modèle que la Chine – avec l'aide de la Banque mondiale – essaye d'imposer à l'Afrique à travers les zones économiques spéciales. Je pense que cette conjoncture aurait mérité que l’auteur s’y arrête et y consacre une réflexion plus profonde. Si un pays doit adopter un modèle de croissance par le marché intérieur, la création d'une zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) pourrait a priori sembler utile. Toutefois, comme le rappelle l’auteur, les ressources fiscales des pays africains reposeraient (des chiffres et leurs sources auraient été les bienvenus) pour l'essentiel sur la perception de droits de douane (« fiscalité de porte »), aussi la levée des barrières douanières privera les gouvernements africains de l'essentiel de leurs ressources fiscales pourtant nécessaires au soutien de leurs stratégies de développement. Pire, en l'absence de produits fabriqués sur place ou de produits fabriqués à prix compétitifs, le risque est un encouragement aux importations – en particulier chinoises – sans avoir de productions exportables hors l'exploitation des matières premières qui ne sont pas une solution accessible à tous les pays africains et dont les revenus sont aléatoires comme le montre la période récente.

Bref, ce livre lance un cri d’alarme plus qu’il n’apporte de réponses !