Études d’impact des projets d’infrastructures

Études d’impact des projets d’infrastructures
Thierry Pairault

Commentaire sur l'article de Keren Zhu, Rafiq Dossani et Jennifer Bouey :

Addressing Impact Evaluation Gaps in Belt and Road Initiative Projects in Africa: The Standard Gauge Railway Project in Kenya as a Proof of Concept (The African Review, n°47 (2020), p. 1-38 ).

Cet article a été rédigé par trois chercheurs de la Rand Corporation, il porte sur une question cruciale, celle de la pertinence des études d’impact, donc de faisabilité et de rentabilité des projets d’infrastructure lancés et financés en Afrique par la Chine. Le cas étudié est de nouveau celui de la ligne de chemin de fer entre Mombasa et Nairobi. Je rappellerai l’existence de plusieurs travaux antérieurs qui évoquent tous cette question, une étude très complète intitulée Clientelism at work? A case study of Kenyan Standard Gauge Railway project  et deux articles récents (2020) accessibles en ligne : China’s Infrastructure-Heavy Model for African Growth Is Failing  et Djibouti’s Chinese Debt

Quand les auteurs de cet article paru dans la revue tanzanienne The African Review, affirment qu’ils veulent démontrer the utility of a holistic megaproject evaluation framework, nous les suivions absolument, ou plus exactement nous les aurions pu les suivre si nous nous n’avions pas aussi lu que cette démarche de fait visait, non à évaluer la pertinence de projets africains d’infrastructure, mais leur adéquation aux objectifs de la stratégie des nouvelles routes de la soie afin de guide China’s efforts to connect to its neighbors and to promote trade and China’s international influence.

Certes, il est évident que les bailleurs de fonds, les entreprises du bâtiment et autres prestataires de service doivent s’assurer qu’ils participent à des « mégaprojets » ayant été suffisamment bien pensés pour être rentables (contrairement aux lignes de chemin de fer entre Mombasa et Nairobi, ou entre Djibouti et Addis-Abeba) et qu’ainsi ils puissent, disons-le familièrement, « gagner de l’argent », « faire des profits »... Pour atteindre cet objectif mercantile, il importe donc que ces projets servent en priorité les objectifs stratégiques de développement des pays africains donneurs d’ordre et non ceux des pays où sont enregistrés les prestataires de services.

Dès lors, que signifie la nécessité pour l’évaluation de ces projets de se conformer aux objectifs stratégiques de la Chine, sinon mettre l’activité économique des pays africains au service du développement économique chinois et de la volonté chinoise de puissance ? Les pays africains peinent encore à se débarrasser de l’influence des anciennes puissances coloniales, est-ce dire que pour achever leur indépendance, ils devraient subordonner leur développement à celui d’une nouvelle puissance ? En quoi la domination exercée par un pays est-elle préférable à celle mise en œuvre par un autre, fût-il du « Sud » ?