Chine-Djibouti : deux ouvrages chinois

Chine-Djibouti : deux ouvrages chinois
Thierry Pairault

Un de mes étudiants que je remercie vient de me transmettre deux livres chinois (en chinois) sur Djibouti.

“一带一路”和境外投资法律合规手册吉布提分册 [Fascicule sur Djibouti du Manuel « la ceinture et la route » pour le respect de la réglementation relative aux IDE] :

Ce manuel a été publié en 2020 par le groupe China Merchants qui est la holding qui contrôle la China Merchants Port chargée de mettre en œuvre la Djibouti International Free Trade Zone. Il se compose de 190 et quelques pages dans lesquelles il aborde le droit des contrats, le droit des affaires et le droit du travail puis évoque la réglementation financière, assurantielle, fiscale et foncière ainsi qu’en matière d’investissement. Il s’achève sur un chapitre traitant de la solution des conflits.

Le mérite de ce manuel est de marquer l’intérêt commercial indubitable de la China Merchants pour ce petit pays et son désir d’attirer des entreprises chinoises dans la zone franche qu’elle gère. Il existe quatre autres manuels de ce genre antérieurement publiés par la China Merchants, ils concernent Hong Kong, les États-Unis, la Tanzanie et la Biélorussie. Cela montre donc l’importance que la China Merchants attache à Djibouti.

企聚丝路:海外中国企业高质量发展调查(吉布提)[Entreprises sur la route de la soie : enquête sur le développement qualitatif des entreprises chinoises à l'étranger (Djibouti)] :

Cet ouvrage, publié en 2020 par les Presses de l’Académie des sciences sociales de Chine, fait partie d’une série d’enquêtes menées dans le cadre d’un programme de recherche de l’université du Yunnan ; vingt pays ont été retenus : Afrique du Sud, Arabie saoudite, Bangladesh, Birmanie, Cambodge, Djibouti, Kenya, Inde, Indonésie, Laos, Malaisie, Népal, Pakistan, Philippines, Singapour, Sri Lanka, Tanzanie, Thaïlande, Turquie, Vietnam. Près des trois quarts (14) des pays sont des pays asiatiques, quatre sont africains dont Djibouti et deux sont proche et moyen-orientaux. De nouveau cette sélection confirme l’importance prise par Djibouti.

L’équipe d’enquête a été composée de dix étudiants djiboutiens accompagnant huit enquêteurs chinois, dont cinq sachant parler français, et trois l’anglais. Cette équipe a interrogé 343 salariés d’entreprises chinoises installées à Djibouti dont les références apparaissaient sur les listes du MOFCOM (les entreprises de petits entrepreneurs migrants en sont donc exclues). J’ai effectué un survol de l’ouvrage qui ne m’a pas permis de déterminer le nombre d’entreprises effectivement concernées par cette enquête ni la date exacte à laquelle l’enquête a été menée.

Ce qui apparaît assez clairement à travers ce survol, est que l’objectif final de cette enquête n’est pas tant de connaître la situation exacte de ces entreprises chinoises et de leur personnel local, mais bien plutôt d’apprécier l’image de la Chine. Aussi, quand on lit des taux de satisfaction ou d’approbation… de 90% de la part de salariés d’un pays où le chômage est endémique et donc préoccupés par la pérennité de leur travail, on peut se demander quel est le degré de sincérité de leurs réponses. Bref, le sentiment que j’en retire a priori est que cette enquête viserait non à améliorer les pratiques chinoises, mais bien davantage à fournir des éléments de discours à la propagande chinoise.